Fousseni Togola est un philosophe, blogueur et écrivain malien que je suis sur les réseaux depuis qu’il a commencé à me solliciter, il y a environ 6 ans, pour des services de presse.

Je connaissais déjà l’histoire de Seydou, le héros de ce livre, car l’auteur m’avait confiée pour avis, en 2019, une nouvelle qui racontait son histoire…

Fousseni Togola a retravaillé son texte pour en faire un véritable récit réflexif sur le sort des orphelins des guerres et sur l’enrôlement des enfants soldats dans tous les pays victimes du terrorisme islamique. Il veut aussi porter un regard résilient sur le pouvoir de la transmission des valeurs familiales, sur l’espoir que les graines d’amours puissent toujours germer même si elles sont profondément enfouies dans un passé détruit.

Seydou est un enfant malien au génie précoce qui avait tout pour être heureux… Cet enfant particulier reçoit à la fois beaucoup d’amour et une excellente éducation à la maison de la part de ses parents et de sa nourrice ainsi qu’au jardin d’enfants et à l’école primaire. Tout bascule quand son village est attaqué et que ses parents sont massacrés. Seydou entame alors une difficile vie d’orphelin chez ses oncles dans un hameau rural où il n’y a pas d’école et où il est maltraité et exploité. Quand il échappe à un nouveau raid des hommes barbus, seul survivant du hameau, il décide de se joindre à eux…

Ce texte ne peut que nous interpeler et nous interroger : ce sont les orphelins et les mendiants que les terroristes enrôlent en priorité. Je vais même aller plus loin que Fousseni Togola… Ainsi, beaucoup de jeunes maliens se retrouvent devant un choix cornélien : rejoindre les rangs des barbus pour survivre ou émigrer illégalement vers nos pays… Dans les deux cas, ils seront perdants : les enfants-soldats deviendront pires que leurs recruteurs, portés par une rage supplémentaire tandis que les jeunes migrants échoueront dans nos services d’aide sociale à l’enfance surchargés s’ils sont mineurs ou dans nos rues et nos centres de rétention administrative s’ils sont déclarés majeurs.

Ce roman a le mérite de nous éclairer sur ces victimes du terrorisme et de la précarité dans les pays africains et à ce titre, je salue la démarche de l’auteur.

L’écriture est parfois un peu répétitive, voire lassante… Mais cette terrible histoire se veut avant tout didactique, à la manière d’un conte philosophique, avec des redites pour appuyer le propos.

En effet, si Fousseni Togola fait de longues digressions, notamment sur l’éducation religieuse reçue par le jeune Seydou, s’il détaille sa vie en famille et à l’école, s’il insiste sur sa prise de conscience finale, c’est surtout pour délivrer un message positif sur la nécessité de vraies mesures éducatives en faveur des enfants ayant perdu leurs parents dans les raids et sur une politique de reconstruction des zones détruites par le terrorisme.

L’enfance de rêve de Seydou puis les virages à 180° qu’il prend dans sa vie en choisissant de se radicaliser puis de trahir ses mentors donne à ce livres des accents de roman d’apprentissage…

Les Gloses de la pirate des pals

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